“Moi, on touche à ma fille, le mec je lui arrache les ongles, je le torture et je le tue de mes propres mains.” Voilà ce que me dit une collègue alors que nous abordons le sujet sensible de la peine de mort. Combien de fois l’avons-nous entendu, cet argument? Et pourtant, à chaque fois je prends la mouche et je m’énerve. “Qui es-tu pour décider de la vie et de la mort de quelqu’un, aussi psychopathe soit-il?” lui rétorqué-je. Débat usuel, répété et répété maintes fois. Et pourtant cette fois-ci, une chose m’énerve vraiment : la fermeté de cette collègue, qui croit dur comme fer qu’il faut condamner à mort tous les tueurs intentionnels. Ils sont fous, malades? De toute manière ils sont impossibles à soigner, ces gens seront fidèles à eux-mêmes toute leur vie.
Deuxième assertion qui me choque : La prison à vie? (dans un monde où il y aurait une vraie prison à vie) Cela coûte au contribuable, donc autant les tuer !!!!!!!
Troisième assertion : tu verras quand tu auras des enfants, tu changeras d’avis. Eh oui, on change d’avis tellement souvent dans la vie.
Mon dieu!!! Comment peut-on changer d’avis aussi radicalement sur un sujet aussi profondément ancré dans sa nature propre? Et comment peut-on dire que puisque je n’ai pas d’enfants, je ne sais pas ce que c’est que de vouloir venger un être cher? Certes je suis jeune, mais je sais qui je suis et ce en quoi je crois.
Dans la suite logique, l’argument est de dire : une fois entré dans la vie active, en évoluant dans la vie, on change et on devient plus individualiste en pensant à ses intérêts propres. Mais mon dieu, c’est un choix de devenir ainsi!!! Ce n’est pas la société qui nous fait évoluer, ce n’est pas parce qu’il y a des attentats et des fous dans la rue que nous changeons d’avis, non, nous changeons d’avis parce qu’au vue de tout cela, nous le décidons. Et c’est un choix aussi que de constater ce qu’il se passe, mais de garder ses valeurs profondes.
Alors se mettre dans la peau des familles des victimes, ça c’est facile. Mais se mettre dans la peau sinon du tueur, mais au moins de la famille du tueur, ça non jamais!
Et puis de toute manière, dit-elle, ces gens-là ne servent à rien à la société. Donc autant les tuer !!!! Mais ce qui me fait sourire (jaune), c’est qu’elle ne dirait jamais de telles choses en parlant d’un malade/handicapé en asile psychiatrique…
Je comprends bien l’opinion de cette collègue, qui cherche à défendre sa fille. Mais non seulement ce type d’idée enferme l’être humain dans sa bulle sans voir ailleurs que son cocon familiale, mais aussi cela va plus loin : ce n’est même plus pour défendre ceux qui lui sont chers, c’est pour les venger et prendre du plaisir dans leur souffrance.
Je ne dis pas que j’ai la solution, parce que la prison actuelle n’est pas non plus la solution idéale, mais ce n’est pas une raison pour basculer dans la peine de mort.
Alors après certains diront “c’est mignon, elle est jeune, innocente et naïve, elle ne connaît rien du monde et elle a sa vision idéaliste qui changera au cours du temps.” Peut-être. Toujours est-il que celui qui me dit cela n’est jamais sorti de France et n’a jamais vu ni appréhendé la misère ni la guerre dans d’autres pays. Je suis jeune, certes. Idéaliste, sûrement. Et j’entends le rester. Evoluer vers un individualisme pro-peine de mort est un choix que je ne prendrai pas; et si je m’en approche un jour, je sais que j’aurai des personnes sur qui compter qui me feront réaliser mon errance et retourner vers qui je suis.
-S-
PS : c’est encore un billet un peu brouillon et je m’en excuse, mais c’est un autre de ces sujets qui me font sortir de mes gonds.